Utilisation de l’imagerie par résonance magnétique en présence de douleurs musculosquelettiques chez les personnes adultes du Québec: Stratégies et outils favorisant une utilisation optimale de l’IRM

Ano de publicação: 2016

INTRODUCTION:

La douleur d’origine musculosquelettique (DMS) est un problème de santé très commun qui englobe une vaste gamme d'affections touchant les os, les ligaments, les tendons, les muscles et les articulations. Ces douleurs parfois importantes peuvent restreindre le fonctionnement physique et porter significativement atteinte à la qualité de vie. Les causes des DMS sont multiples. L’imagerie médicale est souvent utilisée parmi les différents examens médicaux pour investiguer la cause de ces douleurs. L’imagerie par résonance magnétique (IRM) est indiquée et constitue l’instrument de choix dans plusieurs situations cliniques lors de DMS. On attribue à cet outil diagnostique de plus en plus d’indications cliniques validées par des données probantes. De plus, l’IRM remplace parfois des interventions plus effractives et plus coûteuses. Toutefois, au regard des constats découlant de diverses publications scientifiques, il existe actuellement une controverse quant à une possible surutilisation de l’IRM lors du diagnostic et du suivi des patients souffrant de DMS. La situation québécoise en la matière n’est pas connue. C’est dans ce contexte que le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a mandaté l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) pour qu’il documente cette problématique et formule des recommandations afin d’optimiser l’utilisation de l’IRM dans les cas de DMS. Pour éclairer les décideurs et les cliniciens sur cette question, l’INESSS publie un avis en trois volets: i. Un portrait de l’utilisation globale de l’IRM, au Québec, et une analyse comparative avec les provinces canadiennes et autres pays ou territoires similaires; ii. Une synthèse des lignes directrices relatives aux demandes d'IRM lors de DMS; iii. Une revue des stratégies et outils pour favoriser une utilisation optimale de l’IRM.

Méthode:

Chaque volet utilise une méthode qui lui est propre pour repérer et analyser les données probantes et contextuelles. Ces analyses et revues (systématiques ou narratives) sont réalisées selon les normes de pratique édictées. Les méthodologies respectives à chacun des volets sont décrites en détail dans les documents associés. Des représentants des parties prenantes (Comité de suivi) et des experts (Comité consultatif) ont accompagné l’INESSS à différentes étapes de la production scientifique. L’équipe de projet de l’INESSS, accompagnée par le Comité consultatif, a élaboré les recommandations qui ont été ensuite soumises pour avis au Comité de suivi. Puis, le rapport préliminaire des résultats a été envoyé en révision scientifique externe.

RÉSULTATS:

Afin de déterminer les stratégies et outils efficaces pour promouvoir la pertinence en imagerie, l’INESSS a effectué un examen des revues systématiques et des rapports d'évaluation des technologies de la santé (ÉTS). Les chercheurs ont complété l'information avec une courte revue de la littérature grise des régions ou des pays comparables pour repérer des expériences d’intérêt. Dans les stratégies organisationnelles évaluées au sein de la littérature en imagerie, l’ordonnance électronique démontre un niveau de preuve modéré. Celle-ci peut être efficace quant à la pertinence et au volume de prescriptions d’imagerie, surtout lorsque certaines conditions d’implantation sont présentes : ordonnances électroniques implantées dans un système de soins intégrés, ordonnances électroniques avec soutien à la décision clinique intégré, audit-rétroaction (AR) dans le processus d’implantation des outils. Les outils de soutien à la décision clinique, tels des rappels de critères de pertinence dans un formulaire standardisé de prescription sont prometteurs. La stratégie d’implantation dépend entre autres du milieu clinique (hospitalier ou ambulatoire) et de son niveau d’informatisation. Une autre stratégie organisationnelle, soit la création d’équipes interdisciplinaires spécialisées en DMS en appui aux médecins de première ligne a été repérée. Le rôle de ces équipes est de trier les cas qui nécessitent une consultation ou des examens spécialisés, de procéder rapidement à l’évaluation clinique du système locomoteur, de faciliter l’accès à des traitements efficaces et d’améliorer l’efficience (y compris l’accès à l’imagerie avancée). Le Royaume-Uni a misé sur ces équipes dans son système de soins. Ces dernières incluent des professionnels de la santé qui disposent d’une formation avancée en DMS (physiothérapeutes, ergothérapeutes, médecins de première ligne ayant un intérêt pour les DMS, entre autres). Elles sont apparues dans la littérature comme une piste prometteuse en ce qui concerne l’accès à des soins appropriés en temps opportun et, de façon indirecte, la pertinence de l’imagerie. Cette stratégie serait à explorer de manière plus exhaustive. Les stratégies financières et de gouverne sont illustrées notamment à travers l’expérience de l’Australie, de l’Ontario et des États-Unis. Des initiatives financières, aux États-Unis et en Ontario, sont implantées pour restreindre le remboursement de certains examens ou leur tarification. En Ontario, il s’agit d’une intervention multifacette propre à la lombalgie, alliant le volet de rémunération différenciée, la formation des professionnels et l’accès aux équipes interdisciplinaires. Ce projet est en cours d’évaluation. Aux États-Unis, le cadre légal et l’accréditation des cliniques d’imagerie sont utilisés pour baliser l’éthique dans les pratiques de référence. Par ailleurs, l’expérience australienne en gouverne s’est faite à trois niveaux : un accroissement des ressources d’imagerie privées accréditées pour le remboursement public, une réévaluation des tarifs pour éviter un effet incitatif et une plus grande exigence vis-à-vis de la pertinence des examens et des critères de qualité et de sécurité. Lors de l’évaluation de mi-parcours, les initiatives visant à améliorer la pertinence des demandes d’imagerie se sont avérées plus difficiles à implanter que prévu et n’avaient pas apporté les gains d’efficience espérés, tandis qu’en parallèle, on observait un accroissement important des volumes d’examens en raison de l’ouverture de l’offre en imagerie du secteur privé. Les stratégies d’implantation auprès des professionnels, tels l’audit-rétroaction et le matériel éducatif comme interventions isolées, n’ont pas été démontrées statistiquement efficaces dans le cas de l’imagerie, mais leur effet pourrait être cliniquement significatif dans le cas d’interventions multifacettes. Des initiatives en formation médicale visant à outiller les médecins vis-à-vis des demandes des patients n’ont pas démontré d’effet sur l’utilisation de l’imagerie, mais des initiatives pour enseigner aux médecins à penser différemment la place de l’imagerie dans l’évaluation d’un patient sont en cours et à suivre. Les stratégies d’implantation auprès des patients (campagnes médiatiques) n’ont pas démontré d’effets probants à moyen terme sur les comportements dans les études consultées. Aussi, les stratégies qui visent à mieux informer le patient et à l'inclure dans la démarche pour assurer la pertinence de l’imagerie devraient être explorées. Dans le domaine diagnostique qui nous intéresse, la littérature appuie l’implantation de stratégies sur mesure au sein des milieux visés, et plusieurs pistes sont prometteuses : rappels et ordonnances électroniques et équipes interdisciplinaires spécialisées en DMS.

CONCLUSION:

Le portrait de l’utilisation de l’IRM pour les DMS, au Québec, confirme une utilisation en croissance de l’imagerie par résonance magnétique. La comparaison avec d’autres régions ou pays montre que l’utilisation québécoise n’est pas l’une des plus élevées et qu’il y a probablement place à un gain de productivité pour certaines des installations existantes. Par contre, aucune donnée ne peut servir à se prononcer sur la pertinence des examens. Les indications cliniques sont en grande majorité consensuelles entre les guides de bon usage internationaux. Les experts québécois sont en congruence avec celles-ci et des outils cliniques sont proposés. Des stratégies organisationnelles pour optimiser la pertinence de l’IRM, la plus prometteuse est l’ordonnance électronique, accompagnée du soutien à la décision clinique. Les équipes interdisciplinaires spécialisées en DMS constituent une piste d’intérêt dont l’évaluation est à approfondir. Les stratégies financières et de gouverne ont été mises en œuvre dans d’autres pays ou régions, mais leurs répercussions sont variables quant à l’efficience de l’IRM dans les DMS. Dans les stratégies auprès des professionnels, l’utilisation de l’audit-rétroaction n’a pas eu d’effet statistiquement significatif pour optimiser la pertinence de l’imagerie dans les DMS, mais les initiatives d’amélioration de la qualité qui y ont recours sont prometteuses. L’efficacité des stratégies auprès des patients est à surveiller dans la littérature et dans les expériences en cours au Québec. Puisque le contexte de mise en œuvre a une importance majeure dans l’efficacité des stratégies et des outils, il est suggéré de recourir à une approche graduelle qui comprend un suivi des résultats pour le Québec. Des indicateurs de suivi de la pertinence existent, mais la faisabilité d’en implanter dans la province dépend des systèmes d’information. De tels indicateurs devront être élaborés pour le Québec, de pair avec les outils cliniques informatisés.

RECOMMANDATIONS:

Plusieurs pistes d’optimisation de la pertinence de l’IRM, la force de leur preuve et leurs limites ont été soulevées dans le présent avis. L’opinion des experts du Comité consultatif et des parties prenantes du Comité de suivi sur les données disponibles et le contexte québécois a été prise en compte et permet à l’INESSS de recommander que: 1) le MSSS: -conçoive un formulaire standardisé de prescription de l’IRM (intégrant les indications pertinentes) relatif aux douleurs musculosquelettiques pour les médecins référents; -pilote et évalue des systèmes d’ordonnance électronique avec soutien à la décision clinique pour l’imagerie (les systèmes pilotés doivent idéalement permettre l'exploitation des données colligées); -explore l’évaluation de la pertinence et de la faisabilité d’implanter, au Québec, des équipes interdisciplinaires spécialisées en DMS dans un continuum de soins relatifs aux douleurs musculosquelettiques. 2) les CISSS / CIUSSS: -se dotent de moyens pour soutenir des activités d’amélioration de la qualité avec audit-rétroaction aux milieux cliniques sur la pertinence de l’IRM dans les cas de DMS. 3) les fédérations médicales (FMOQ, FMSQ) et les programmes universitaires: -mettent sur pied des activités novatrices et des outils de formation et de maintien des compétences en douleurs musculosquelettiques dans un contexte de pertinence des interventions.(AU)

INTRODUCTION:

La douleur d’origine musculosquelettique (DMS) est un problème de santé très commun qui englobe une vaste gamme d'affections touchant les os, les ligaments, les tendons, les muscles et les articulations. Ces douleurs parfois importantes peuvent restreindre le fonctionnement physique et porter significativement atteinte à la qualité de vie. Les causes des DMS sont multiples. L’imagerie médicale est souvent utilisée parmi les différents examens médicaux pour investiguer la cause de ces douleurs. L’imagerie par résonance magnétique (IRM) est indiquée et constitue l’instrument de choix dans plusieurs situations cliniques lors de DMS. On attribue à cet outil diagnostique de plus en plus d’indications cliniques validées par des données probantes. De plus, l’IRM remplace parfois des interventions plus effractives et plus coûteuses. Toutefois, au regard des constats découlant de diverses publications scientifiques, il existe actuellement une controverse quant à une possible surutilisation de l’IRM lors du diagnostic et du suivi des patients souffrant de DMS. La situation québécoise en la matière n’est pas connue. C’est dans ce contexte que le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a mandaté l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) pour qu’il documente cette problématique et formule des recommandations afin d’optimiser l’utilisation de l’IRM dans les cas de DMS. Pour éclairer les décideurs et les cliniciens sur cette question, l’INESSS publie un avis en trois volets: i. Un portrait de l’utilisation globale de l’IRM, au Québec, et une analyse comparative avec les provinces canadiennes et autres pays ou territoires similaires; ii. Une synthèse des lignes directrices relatives aux demandes d'IRM lors de DMS; iii. Une revue des stratégies et outils pour favoriser une utilisation optimale de l’IRM.

MÉTHODE:

Chaque volet utilise une méthode qui lui est propre pour repérer et analyser les données probantes et contextuelles. Ces analyses et revues (systématiques ou narratives) sont réalisées selon les normes de pratique édictées. Les méthodologies respectives à chacun des volets sont décrites en détail dans les documents associés. Des représentants des parties prenantes (Comité de suivi) et des experts (Comité consultatif) ont accompagné l’INESSS à différentes étapes de la production scientifique. L’équipe de projet de l’INESSS, accompagnée par le Comité consultatif, a élaboré les recommandations qui ont été ensuite soumises pour avis au Comité de suivi. Puis, le rapport préliminaire des résultats a été envoyé en révision scientifique externe.

RESULTS:

A review of systematic reviews and health technology assessment (HTA) reports was conducted to identify effective tools and strategies to promote appropriate imaging. The information was supplemented by a brief review of the grey literature from comparable jurisdictions to identify initiatives of interest. Among the organizational strategies evaluated, computerized physician order entry (CPOE) shows a moderate level of evidence in the imaging literature. It can be effective in influencing the appropriateness and volume of imaging orders, especially when certain implementation conditions are present: CPOE in an integrated-care system, CPOE with integrated clinical decision support, and audit and feedback in the implementation of these tools. Clinical decision support tools, such as appropriateness criteria reminders on a standardized order form, are promising. The implementation strategy depends, among other things, on the clinical setting (hospital or ambulatory) and its level of computerization. Another organizational strategy identified is the creation of interdisciplinary MSP teams to support primary care physicians. Their role is to triage cases requiring a consultation or specialized examinations, to quickly perform a clinical evaluation of the patient’s musculoskeletal system, to facilitate access to effective treatments, and to improve efficiency (including access to advanced imaging). The United Kingdom has built on these teams in its health -care system. They include health professionals with advanced training in MSP (physiotherapists, occupational therapists, primary care physicians with an interest in MSP, and others). These teams have been presented in the literature as a promising avenue for accessing timely and appropriate care and, indirectly, for appropriate imaging, and this strategy should be explored in greater depth. Financial and governance strategies are mainly illustrated by initiatives in Australia, Ontario and the United States. Financial strategies in the United States and Ontario have been implemented to limit coverage for certain examinations or the fees paid for them. Ontario uses a multifaceted intervention for low back pain that combines the aspect of differentiated remuneration, training for professionals and access to interdisciplinary teams. The impact of this project is being assessed. In the United States, the legal framework and the accreditation of imaging clinics are used to guide referral practice ethics. The objective of the Australian initiative in the area of governance was three-fold: an increase in private imaging resources accredited for coverage by the public plan, a reevaluation of fees to prevent an incentive effect, and more stringent requirements with regard to examination appropriateness and to quality and safety criteria. During the midpoint evaluation, the initiatives aimed at improving imaging order appropriateness proved more difficult to implement than expected and had not yielded the desired efficiency gains, while at the same time, there had been a large increase in the number of examinations due to the opening up of coverage in private-sector imaging. Implementation strategies aimed at health professionals, such as audit and feedback and educational materials as isolated interventions, have not been shown to be statistically effective in the case of imaging, but they could have a clinically significant impact in multifaceted interventions. Medical education initiatives aimed at equipping physicians to field patient requests have not been found to have an impact on imaging utilization, but initiatives for training physicians to view differently the role of imaging in evaluating a patient are underway and should be followed. In the studies consulted, implementation strategies aimed at patients (media campaign) have not been shown to have a meaningful effect on behaviours in the medium term. Strategies aimed at better informing patients and including them in the approach to ensure appropriateness should be explored. In the diagnostic area of interest here, the literature supports the implementation of tailored strategies in health-care facilities, and there are several promising avenues: reminders, CPOE and interdisciplinary MSP teams.

CONCLUSION:

The overview of the use of MRI in MSP in Québec confirms that its use is growing. A comparison with other jurisdictions shows that this use is not one of the highest and that there is probably room for increased productivity at certain existing facilities. However, there are no data for commenting on the appropriateness of these examinations. For the vast majority of the clinical indications, there is a consensus among the international appropriate use guidelines. Experts in Québec are in agreement with these indications, and clinical tools have been proposed. Of the organizational strategies for optimizing MRI appropriateness, the most promising one is CPOE with clinical decision support. Interdisciplinary MSP teams are an avenue of interest that warrants further evaluation. Financial and governance strategies have been put in place in other jurisdictions, but their impact on the efficiency of MRI in MSP varies. In implementation strategies targeting health professionals, the use of audit and feedback has not had a statistically significant impact on optimizing imaging appropriateness in MSP, but quality improvement initiatives that use audit and feedback are promising. The effectiveness of implementation strategies targeting patients should be monitored in the literature and in the ongoing initiatives in Québec. Since the implementation context is of great importance for the effectiveness of strategies and tools, a gradual implementation approach with results monitoring is recommended for the strategies proposed for Québec. Indicators for monitoring appropriateness do exist, but the feasibility of implementing them in Québec depends on the information systems. These indicators should be developed for Québec, together with CPOE.

RECOMMENDATIONS:

Several ways to optimize MRI appropriateness were raised during the discussion. In light of the available data and the Québec context, INESSS recommends: -That the MSSS: -Create a standardized MRI order form (with the relevant indications) for musculoskeletal pain for referring physicians; -Pilot and evaluate CPOE with clinical decision support for imaging (ideally, these systems should permit the use of collected data); -Explore the assessment of the appropriateness and feasibility of setting up interdisciplinary MSP teams in a continuum of MSP care. 1) That CISSSs and CIUSSSs: -Institute the means to support quality improvement activities with audit and feedback in their clinical facilities on the appropriateness of MRI in MSP. 2) That the medical federations (the FMOQ and FMSQ) and university programs: -Set up innovative activities and training and maintenance-of-compet ence tools for musculoskeletal pain in a context of intervention appropriateness.(AU)

Mais relacionados