Télésanté: lignes directrices cliniques et normes technologiques en télépsychiatrie

Ano de publicação: 2006

INTRODUCTION:

La télépsychiatrie est l’une des plus anciennes applications de la télémédecine. Les premières expériences remontent aux années 1950, mais c’est à partir des années 1990 qu’elle a véritablement pris son essor avec l’implantation de plusieurs projets. Comme il s’agissait presque exclusivement d’initiatives du milieu clinique, on s’est d’abord soucié d’évaluer la faisabilité de cette application avant de songer à l’encadrer par des lignes directrices et des normes technologiques. Dans le contexte de la réorganisation de la prestation des soins à l’échelle du Québec, la télépsychiatrie est appelée à jouer un rôle plus important parce qu’elle est susceptible d’améliorer la continuité et la complémentarité des soins psychiatriques dans l’ensemble du territoire. Pour que des programmes bien structurés puissent être mis en place, une normalisation s’impose. Cette normalisation couvre deux domaines d’égale importance, l’un ayant trait au contenu, l’autre au contenant : la pratique clinique en télépsychiatrie et les conditions techniques permettant la transmission de la voix et de l’image à distance. Le présent rapport vise ainsi deux objectifs, soit la proposition de lignes directrices cliniques et de normes technologiques susceptibles de favoriser une utilisation optimale de la télépsychiatrie. Sans les aborder en profondeur, il s’intéresse aussi aux aspects économiques, juridiques et éthiques ainsi qu’aux facteurs organisationnels et humains afin d’en souligner l’importance pour une implantation de programmes réussie.

LIGNES DIRECTRICES CLINIQUES:

Le présent rapport pose le postulat que, en matière de télépsychiatrie, la qualité de prestation des soins doit être relativement équivalente à celle que l’on attend de la pratique psychiatrique traditionnelle en face-à-face. Par « relativement » équivalente, il ne faut pas entendre une qualité de soins de deuxième ordre, mais plutôt la prise en compte réaliste du médium technologique qu’exprime le préfixe « télé ». Cet objectif global a servi de pierre d’assise aux lignes directrices cliniques proposée et a permis d’exclure certains états cliniques et certaines interventions thérapeutiques du champ.

CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS:

La définition de lignes directrices cliniques et de normes technologiques visant l’uniformisation de la pratique en télépsychiatrie favorisera son implantation à large échelle. Le Québec pourra ainsi mieux prendre sa place dans le cadre des projets d’envergure financés par Inforoute Santé. Dans le contexte de la restructuration des soins de première ligne et de la réorganisation de la médecine surspécialisée chapeautée par les quatre réseaux universitaires intégrés de santé (RUIS), cette technologie peut s’avérer un atout précieux pour assurer une répartition plus équitable de l’expertise psychiatrique dans l’ensemble du territoire. Le développement harmonieux de la télépsychiatrie au Québec sera ainsi favorisé. À la lumière des considérations présentées précédemment, l’AETMIS recommande que le ministère de la Santé et des Services sociaux adopte les principales lignes directrices et normes technologiques proposées dans le présent rapport en collaboration avec les instances concernées. L’Agence insiste pour que la télépsychiatrie puisse contribuer à améliorer l’offre de soins de santé de qualité et propose des modalités susceptibles d’appuyer les activités cliniques en ce sens. Notamment, un système central de réservation et un outil générique de consultation doivent être prévus, tout comme la rémunération des médecins à l’acte, car l’absence de ces éléments constitue un frein important à la participation des médecins à la télépsychiatrie. Il faudra de plus prévoir ajouter un certain nombre d’intervenants clés pour appuyer l’implantation et l’utilisation des services de télépsychiatrie. Tous les intervenants devront avoir une formation appropriée. Dans cette optique, l’infrastructure technologique devrait être rehaussée afin de permettre une pratique de qualité à une norme minimale de 384 Kbps de bande passante avec un protocole de compression des données H.263, et de passer progressivement à une norme optimale de 384 Kbps avec un protocole de compression des données H.264. Le pourcentage de perte de «paquets de données » devrait être d’au plus 0,5 %. La norme minimale de temps de latence devrait être de moins de 500 millisecondes, et la norme optimale de moins de 300 millisecondes. Ces normes doivent s’appliquer à la totalité de la chaîne de saisie, de transmission et de réception de l’information. Des salles de téléconsultation en télépsychiatrie dotées de l’équipement et des accessoires appropriés devraient être aménagées dans les milieux cliniques qui s’y prêtent et là où les besoins sont les plus importants. La prise en compte des aspects organisationnels et humains est en partie garante du succès de ce genre d’activité. Les aspects juridiques et éthiques devront aussi être considérés. Il est également suggéré d’approfondir l’analyse économique avant d’investir massivement en télépsychiatrie. Enfin, l’implantation de la télépsychiatrie devra faire l’objet d’une évaluation rigoureuse en aval afin d’en améliorer la gestion et la performance.

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