Portrait de l’usage des bandelettes d’autosurveillance de la glycémie chez les assurés du régime public d’assurance médicaments du Québec avant et après la publication du guide d’usage optimal de l’INESSS sur l’autosurveillance glycémique

Ano de publicação: 2016

INTRODUCTION:

En décembre 2013, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) a publié un guide d’usage optimal (GUO) sur l’autosurveillance de la glycémie (ASG). Afin de documenter l’effet de ce GUO, l’INESSS a dressé un portrait de l’usage des bandelettes d’ASG facturées au régime public d’assurance médicaments du Québec (RPAM) avant et après sa publication. L’étude descriptive menée pour évaluer les effets du GUO sur la facturation des bandelettes d’ASG comprenait trois objectifs spécifiques. Le premier objectif spécifique a permis de décrire le nombre d’utilisateurs, le nombre d’ordonnances de bandelettes, le nombre de bandelettes facturées et leur coût en fonction des catégories d’antidiabétiques prescrits pendant une année, soit de 2012 à 2013 et de 2014 à 2015. Le deuxième objectif spécifique a permis de dresser un portrait de l’intensité d’usage des bandelettes avant et après la publication du GUO sur l’ASG. Le troisième objectif spécifique portait sur la description des utilisateurs de bandelettes ne prenant pas d’insuline et ayant une intensité d’usage moyenne de deux bandelettes ou plus, par jour, après la publication du GUO sur l’ASG. Les données de ce portrait complètent celles sur l’évaluation de la diffusion, de l’implantation et de l’appropriation du GUO sur l’ASG de l’INESSS, documentées au moyen d’un sondage en ligne par questionnaire auprès de professionnels de la santé ciblés.

MÉTHODES:

Une étude descriptive transversale a été menée afin de répondre au premier objectif spécifique tandis qu’une étude de cohortes longitudinales a été réalisée pour répondre aux deuxième et troisième objectifs spécifiques grâce à la consultation des banques de données administratives entreposées à la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ). Les périodes à l’étude du premier objectif différaient de celles des deux autres. Ce choix a permis d’optimiser la justesse des données analysées au moment de la réalisation du portrait. Les utilisateurs de bandelettes d’ASG ont été décrits selon la prise ou non d’insuline, d’abord dans leur ensemble, puis selon leur statut d’anciens ou de nouveaux utilisateurs de bandelettes. Les utilisateurs, de même que les anciens et nouveaux utilisateurs d’ASG ne prenant pas d’insuline, ont été répartis selon les quatre catégories d’antidiabétiques suivantes : ceux sous antidiabétiques oraux (ADO), qui comprennent les hypoglycémiants oraux (HGO) et les antihyperglycémiants oraux (AHGO), ceux sous HGO, ceux sous AHGO et ceux ne prenant pas d’insuline ni d’ADO (prédiabétiques). Les ADO se rapportaient aux médicaments de la sous-classe 68:20 du système de classification de l’American Hospital Formulary Service (AHFS) excluant les insulines (68:20.08). Les HGO, aussi appelés sulfonylurées, faisaient référence aux médicaments de la sous-sous-classe AHFS 68:20.20. Quant aux AHGO, ils se référaient aux antidiabétiques de la sous-classe AHFS 68:20, excluant les deux sous-sous-classes de l’AHFS qui causent de l’hypoglycémie, c’est- à-dire les insulines et les HGO. Les personnes qui avaient au moins une ordonnance de bandelettes d’ASG durant les 24 mois précédant la date de référence (dite « date index ») ont été considérées comme d’anciens utilisateurs. Dans le cas contraire, elles étaient classées comme étant de nouveaux utilisateurs. Des analyses descriptives des utilisateurs de bandelettes d’ASG ont été réalisées.

RÉSULTATS:

Premier objectif spécifique: Les 283 573 et 286 063 utilisateurs de bandelettes dénombrés respectivement du 1er décembre 2012 au 30 novembre 2013 et du 1er décembre 2014 au 30 novembre 2015 représentaient 7,5 % des personnes assurées par le RPAM. Parmi ces utilisateurs de bandelettes d’ASG, près de 75 % ne faisaient pas usage d’insuline. Les utilisateurs de bandelettes sous AHGO ne prenant pas d’insuline et ceux ne prenant ni insuline, ni ADO constituaient respectivement autour de 34 % et 15 % des utilisateurs de bandelettes. De plus, le quart des utilisateurs de bandelettes étaient des personnes sous HGO et ne faisaient pas usage d’insuline. Les utilisateurs de bandelettes sous insuline s’appropriaient une proportion croissante des ordonnances de bandelettes, du nombre de bandelettes et de leur coût de la première à la seconde période à l’étude. Ces proportions chez les utilisateurs d’insuline étaient près du double de celle relative au nombre d’utilisateurs.

Deuxième objectif spécifique:

La cohorte formée du 1er mai au 31 octobre 2012 incluait 187 698 utilisateurs de bandelettes d’ASG dont 17 847 étaient dans le groupe des nouveaux utilisateurs. La seconde cohorte formée du 1er mai au 31 octobre 2014 comportait 192 657 utilisateurs de bandelettes, y compris 20 969 nouveaux utilisateurs. Les proportions relatives au nombre d’utilisateurs, au nombre d’ordonnances, au nombre de bandelettes et au coût des ordonnances de bandelettes des nouveaux utilisateurs de bandelettes étaient inférieures à celles des anciens utilisateurs chez ceux sous insuline et chez ceux sous HGO ne prenant pas d’insuline. À l’inverse, des proportions supérieures ont été constatées chez les nouveaux utilisateurs de bandelettes par rapport aux anciens, chez ceux sous ADO ne prenant pas d’insuline, chez ceux sous AHGO ne prenant pas d’insuline et chez ceux ne prenant ni insuline, ni ADO. Le groupe des utilisateurs de bandelettes sous ADO ne faisant pas usage d’insuline faisait exception pour ce qui est du nombre d’utilisateurs lors de la période 2012-2013 puisque la proportion de nouveaux utilisateurs était inférieure à celle des anciens. Les proportions par catégorie d’antidiabétiques chez les anciens utilisateurs ne prenant pas d’insuline et faisant un usage moyen de deux bandelettes ou plus, par jour, ont augmenté de 1,0 à 1,8 point de pourcentage entre la période comprise entre 2012 et 2013 et celle de 2014 à 2015. À l’opposé, une baisse de 1,2 à 1,8 point de pourcentage des proportions par catégorie d’antidiabétiques a été observée chez les anciens utilisateurs ne prenant pas d’insuline et faisant un usage moyen de moins d’une bandelette, par jour, entre la période de 2012 à 2013 et celle de 2014 à 2015. Les proportions d’utilisateurs d’une à moins de deux bandelettes, en moyenne, par jour, sont demeurées stables de la première à la seconde période à l’étude. Les proportions de nouveaux utilisateurs ne prenant pas d’insuline qui font usage de deux bandelettes ou plus, par jour, sont demeurées stables entre la période de 2012 à 2013 et celle de 2014 à 2015. Les proportions de nouveaux utilisateurs à une ou moins de deux bandelettes, en moyenne, par jour, ont diminué de 0,7 à 2,7 points de pourcentage, alors que celles des nouveaux utilisateurs ne prenant pas d’insuline qui un font usage moyen de moins d’une bandelette, par jour, augmentaient de 0,5 à 2,8 points de pourcentage entre la période de 2012 à 2013 et celle de 2014 à 2015.

Troisième objectif spécifique:

Environ le tiers des anciens comme des nouveaux utilisateurs de bandelettes couverts en continu par le RPAM, ne prenant pas d’insuline et utilisant en moyenne deux bandelettes ou plus, par jour, pendant une année suivant la publication du GUO sur l’ASG avaient entre 65 et 74 ans. Les anciens utilisateurs ne prenant pas d’insuline étaient majoritairement des femmes, tandis que les nouveaux utilisateurs étaient majoritairement des hommes. Les ordonnances initiales de bandelettes dispensées à d'anciens ou à de nouveaux utilisateurs ont été rédigées surtout par des médecins de famille. Les régions sociosanitaires (RSS) de la Gaspésie−Îles-de-la-Madeleine et de Laval avaient un nombre d’anciens utilisateurs, par 100 000 personnes, dépassant la borne supérieure de l’intervalle de confiance à 95 % de la moyenne pour chacune des quatre catégories de traitements antidiabétiques. Montréal et le Bas-Saint-Laurent avaient un nombre d’anciens utilisateurs, par 100 000 personnes, dépassant la borne supérieure de l’intervalle de confiance à 95 % de la moyenne, sauf respectivement dans le groupe d’utilisateurs ne prenant pas d’insuline ni d’ADO et dans celui sous AHGO sans prise d’insuline. La région de la Gaspésie−Îles-de-la-Madeleine était la seule RSS à avoir un nombre de nouveaux utilisateurs par 100 000 personnes dépassant la borne supérieure de l’intervalle de confiance à 95 % de la moyenne pour chacune des quatre catégories de traitements antidiabétiques. Un tel dépassement chez les nouveaux utilisateurs a été observé sur la Côte-Nord dans la catégorie des personnes sous HGO ne prenant pas d’insuline, à Montréal chez les patients sous AHGO ne prenant pas d’insuline, dans Lanaudière chez les personnes sous AHGO ne prenant pas d’insuline et dans le Bas-Saint-Laurent auprès des patients ne prenant ni insuline, ni ADO.

CONCLUSIONS:

La présente étude a permis de dresser un portrait de l’usage des bandelettes d’ASG avant et après la publication du GUO sur l’ASG chez les personnes couvertes par le RPAM. Cette évaluation, effectuée à l’aide de données datant d’une période relativement rapprochée de la date de publication, révèle une légère augmentation de l’usage de bandelettes chez les anciens utilisateurs ne prenant pas d’insuline, de la période précédant à celle suivant la publication du GUO sur l’ASG. Chez les nouveaux utilisateurs n’étant pas traités par l’insuline, l’intensité d’usage des bandelettes a légèrement diminué, de la période précédant à celle suivant la publication du GUO sur l’ASG. Par ailleurs, plusieurs RSS ont montré un nombre d’anciens ou de nouveaux utilisateurs à deux bandelettes ou plus, en moyenne, par jour, par 100 000 personnes, significativement plus élevé que les valeurs généralement observées. Ces résultats suggèrent au mieux une faible diminution de l’intensité d’usage des bandelettes d’ASG chez les nouveaux utilisateurs ne prenant pas d’insuline, qui représentent 10 % des utilisateurs de bandelettes d’ASG. Les attentes quant aux effets du GUO sur l’intensité d’usage des bandelettes d’ASG étaient cependant plus élevées, compte tenu des efforts de mobilisation des parties prenantes déployés. Au-delà de la diffusion du guide, d’autres stratégies ayant la possibilité de favoriser l’optimisation des pratiques dans les milieux devraient être considérées.(AU)

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