Évaluation des techniques de détection de la rupture des implants mammaires

Ano de publicação: 2002

INTRODUCTION:

Les implants mammaires servent à la recons-truction du sein consécutive à une mastectomie ou à un accident, à la correction de malformations congé-nitales telles que l’aplasie, l’hypoplasie ou l’asymétrie mammaire, ou à l’augmentation mammaire à des fins esthétiques. Jusqu’en 1991, la plupart des implants mammaires se composaient d’une enveloppe de sili-cone solide contenant un gel de silicone. Bien que les données scientifiques n’étayent pas la toxicité du silicone, les risques sanitaires éventuellement liés au port des implants mammaires en silicone ont entraîné le retrait volontaire de ces produits du marché et l’adoption d’un moratoire sur leur utilisation au Canada et aux États-Unis. Ce moratoire adopté en janvier 1992 est toujours en vigueur. Le port des implants en silicone a été lié à des complications locales et générales. La complication locale la plus fréquente est la rupture de l’enveloppe de l’implant : elle entraîne un contact entre le silicone et l’organisme ainsi que des altérations esthétiques. La rupture de l’implant mammaire peut être détectée par mammographie, échographie ou imagerie par résonance magnétique (IRM). Le présent rapport, qui fait suite à une demande du ministre de la Santé et des Services sociaux, a pour but d’évaluer l’efficacité de la mammographie dans la détection de la rupture des implants et les éventuels risques liés à cette technique, afin d’établir si ces risques justifient le recours à une autre méthode d’imagerie comme l’IRM.

MÉTHODOLOGIE:

Ce document constitue un examen des données scientifiques publiées et s’appuie particuliè-rement sur les conclusions de rapports publiés par les trois organismes suivants : l’Agence Nationale d’Accréditation et d’Évaluation en Santé, ancien-nement connue sous le nom d’Agence Nationale. pour le Développement de l’Évaluation Médicale (ANDEM), l’Independent Review Group (IRG) du Royaume-Uni et l’Institute of Medicine (IOM) des États-Unis. Le caractère récent de ces rapports, l’importance et la qualité des ressources consacrées à leur rédaction, l’exhaustivité des études examinées et la rigueur des analyses effectuées garantissent la validité des conclusions auxquelles ces organismes sont parvenus. Cet examen détaillé des rapports a été complété par l’analyse des études publiées entre janvier 1999 et août 2001. Enfin, la consultation d’intervenants dans le domaine de la santé a permis de documenter la pratique actuelle au Québec.

CONCLUSIONS:

L’état actuel des connaissances révèle un manque de données scientifiques étayant la toxicité des implants mammaires en silicone et ses effets défavorables sur la santé des femmes. Dans ce contexte, la rupture des prothèses mammaires est une complication locale qui a des conséquences principa-lement esthétiques. Toutefois, si le silicone se révélait toxique pour la femme, la recherche devrait être axée sur le port même de la prothèse plutôt que sur sa rupture. En effet, il est reconnu que le silicone migre par suintement, même à partir de prothèses intactes, et que l’enveloppe de l’implant cons-titue une source d’exposition au silicone. Pour l’instant, les études publiées ne per-mettent pas de justifier explicitement la mise sur pied d’un programme de dépistage de la rupture des prothèses mammaires en l’absence de symptôme. En effet, la majorité de ces études ont porté sur des femmes chez qui la probabilité de rupture était élevée. Peu d’études ont porté sur le rôle de la mammographie dans la rupture iatrogène des implants. En présence d’implant mam-maire, il faut pratiquer certaines manœuvres avant de prendre les clichés. La compression nécessaire à la mammographie pourrait aggraver une défectuosité préexistante ou faire dégénérer une rupture intracapsulaire en rupture extracapsulaire sans constituer la cause première de la rupture. L’utilité de l’IRM semble tenir à l’amélioration de la détection de la rupture intracapsulaire. Or, celle-ci est généralement asympto-matique et l’indication d’exérèse ne fait pas l’unanimité. Par ailleurs, l’IRM étant légèrement moins spécifique que la mammographie en ce qui a trait à la détection des ruptures extra-capsulaires, son emploi pourrait donner lieu à l’exérèse de prothèses intactes. Or, les risques et les conséquences esthétiques fâcheuses que cette intervention entraîne pourraient être plus importants que ceux qui sont liés à la conservation de l’implant malgré une rupture intracapsulaire. L’IRM est une technique coûteuse, et il faut attendre au moins un an pour y accéder au Québec. En contrepartie, la mammographie et l’échographie constituent des outils de dépistage accessibles et déjà utilisés par une grande majorité des femmes dans le cadre du Programme québécois du dépistage du cancer du sein ou hors de ce cadre, à des fins diagnostiques.

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