Évaluation des soins et surveillance des maladies cardiovasculaires: pouvons-nous faire confiance aux données médico-administratives hospitalières?

Ano de publicação: 2012

INTRODUCTION:

L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a reçu le mandat du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) de développer la surveillance des maladies cardiovasculaires au Québec, et l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS), le mandat d’évaluer des technologies et des modes d’intervention en cardiologie. L’évaluation des soins et la surveillance des maladies constituent des aspects essentiels d’un système de santé moderne et sont d’une importance capitale en regard des maladies cardiovasculaires, ces dernières étant très répandues et associées à des coûts considérables. Les deux activités reposent souvent sur l’utilisation de fichiers médico-administratifs. Or, les données médico-administratives offrent non seulement une couverture complète de la population, mais sont également mises à jour continuellement. La base de données hospitalières du Québec, MED-ÉCHO (Maintenance et Exploitation des Données pour l’Étude de la Clientèle HOspitalière), fournit un profil démographique et clinique du patient à un coût minime. D’une part, cette base a l’avantage théorique d’intégrer des données propres aux antécédents médico-hospitaliers (informations obtenues à partir d’hospitalisations antérieures) susceptibles d’améliorer l’ajustement du risque en déterminant les comorbidités absentes lors de l’admission de référence ainsi que l’ajout d’informations sur la durée des comorbidités chroniques. D’autre part, la qualité des données médico-administratives hospitalières repose sur des données sommaires documentées par les médecins et codées par les archivistes médicaux, ce qui peut ainsi entraîner d’importantes limitations à l’égard des erreurs de classification des comorbidités, de la cohérence clinique et de la distinction entre des comorbidités préexistantes et des complications survenant lors de l’hospitalisation de référence. De toute évidence, l’évaluation des soins et la surveillance des maladies seraient considérablement simplifiées si les données médico-administratives existantes étaient suffisamment fiables et que les analyses tirées de ces données étaient crédibles aux yeux des cliniciens. Conséquemment, la présente étude a pour but de répondre à trois questions: 1. Les données de MED-ÉCHO sont-elles assez fiables, au sein d’une cohorte de patients hospitalisés atteints de maladies cardiovasculaires (aux prises avec un infarctus aigu du myocarde (IAM) ou ayant subi une des interventions de revascularisation), pour déterminer les cas d’IAM et les comorbidités qui y sont le plus souvent associées, en comparaison avec les informations indiquées dans les dossiers médicaux hospitaliers? 2. Les modèles de prédiction de la mortalité, fondés sur les comorbidités retrouvées dans MED-ÉCHO, sont-ils comparables à ceux qui s’appuient sur les comorbidités repérées au moyen de la revue des dossiers médicaux? 3. Quelle est la valeur ajoutée de l’intégration des données propres aux antécédents médicaux de MED-ÉCHO dans le modèle qui utilise les données médico-administratives de l’admission de référence? MÉTHODES: Treize centres hospitaliers ont été sélectionnés dans la province dans le but de créer un échantillon représentatif de: 1. Différents types de centres hospitaliers québécois (centres primaires : absence de coronarographie, d’angioplastie ou de chirurgie cardiaque ; centres secondaires : coronarographie et angioplastie, mais absence de chirurgie cardiaque ; centres tertiaires : coronarographie et angioplastie ainsi que chirurgie cardiaque); 2. Divers volumes hospitaliers; et 3. Différentes régions sociosanitaires. Les centres hospitaliers primaires et secondaires sont distribués dans sept régions sociosanitaires, alors que les cinq centres hospitaliers tertiaires sont répartis dans trois régions. Sélection des patients; Sélection des comorbidités; Révision des dossiers médicaux; Variabilité inter-archivistes de la révision des dossiers médicaux hospitaliers; Données médico-administratives (MED-ÉCHO); Analyses statistiques; CONCLUSION: Les principales conclusions de cette étude, menée à l’aide d’une cohorte de patients cardiaques hospitalisés dans un échantillon représentatif de centres hospitaliers québécois, se résument ainsi: 1. La présence de comorbidités dans MED-ÉCHO se retrouve presque intégralement dans les dossiers médicaux hospitaliers; 2. Un modèle prédictif de la mortalité à un an, basé sur les données de MED-ÉCHO, se compare très favorablement avec un même modèle prédictif fondé sur la révision des dossiers médicaux hospitaliers; 3. La possibilité d’intégrer l’information relative aux hospitalisations précédentes en plus de l’information obtenue quant à l’admission de référence dans les données de MED-ÉCHO améliore la détection des comorbidités. Ce dernier point est essentiel, car chez les patients ayant eu une courte hospitalisation, voire même un séjour hospitalier de type « urgent » et bref (ce qui est souvent le cas avec l’ICP), la possibilité d’obtenir les comorbidités propres aux hospitalisations précédentes peut présenter un avantage de taille pour ce qui est des données médico-administratives. Dans notre étude, l’utilité possible des données propres aux antécédents médico-hospitaliers a été bien illustrée par le fait que la prévalence d’un IAM ancien, selon la revue des dossiers médicaux hospitaliers, était de 21 %, tandis qu’elle était de 25 % avec la présence d’un tel code dans MED-ÉCHO pour au moins une hospitalisation dans l’année précédant l’admission de référence, comparativement à 12 % si seule l’admission de référence dans MED-ÉCHO était prise en considération. Ainsi, les données administratives propres aux antécédents médico-hospitaliers peuvent être une source d’information plus fiable que les dossiers médicaux hospitaliers pour déterminer les antécédents médicaux d’un patient, surtout si le patient a été hospitalisé dans différents établissements. Pour terminer, mentionnons que nos résultats suggèrent que la banque de données médico-administrative hospitalière MED-ÉCHO est, en général, bien codée et se compare favorablement aux résultats obtenus à la révision des dossiers médicaux hospitaliers pour ce qui est de la prédiction de la mortalité. La capacité prédictive de la banque de données MED-ÉCHO semble également améliorée grâce à l’ajout de données propres aux antécédents médico-hospitaliers. Elle peut donc être utilisée avec confiance pour informer les cliniciens et le public à propos des résultats cliniques et pour déterminer les problèmes de soins de santé qui justifient des recherches plus approfondies.

Mais relacionados