Évaluation des projets pilotes préhospitaliers: rapport final

Ano de publicação: 2010

INTRODUCTION:

En novembre 2006, le ministère de la Santé et des Services sociaux mettait en place un comité technique provincial sur la transformation des horaires de travail des techniciens ambulanciers paramédicaux (TAP) et le déploiement dynamique de la flotte ambulancière dans certaines régions du Québec. Le mandat de ce comité technique consistait à proposer au ministère de la Santé et des Services sociaux, des recommandations sur les meilleures façons d’améliorer l’organisation des services ambulanciers au Québec, ce en accordant une attention particulière aux réalités régionales. Plus spécifiquement, il s’agissait, tout en préservant la qualité des services préhospitaliers à la population, d’initier un ensemble de mesures devant aboutir à la transformation des horaires de travail de faction des TAP en horaires à l’heure, ainsi que de procéder à un positionnement stratégique des véhicules ambulanciers sur les territoires desservis. Suite à l’examen des propositions de projets, le comité technique retint cinq projets pilotes à l’échelle provinciale afin d’expérimenter cette nouvelle approche d’organisation des services ambulanciers au Québec. Après la publication et l’acceptation des recommandations du comité technique par le Ministère de la Santé et des Services sociaux à l’automne 2007, ces cinq projets pilotes devraient être mis en œuvre sur une période d’une année. Et après cette période de mise en œuvre, une évaluation devrait être effectuée pour connaître les impacts des projets pilotes sur la qualité des services préhospitaliers, et guider ainsi la décision du Ministère pour une éventuelle extension dans d’autres régions sociosanitaires du Québec. C’est dans ce cadre qu’une équipe de chercheurs du Groupe de Recherche Interdisciplinaire en Santé (GRIS) de l’Université de Montréal fut mandatée par l’AETMIS (Agence d’évaluation des technologies et des modes d’interventions en santé) pour réaliser cette évaluation. Après l’initiation de ce mandat, l’équipe de chercheurs eut quelques rencontres préparatoires avec l’AETMIS pour cerner la problématique de recherche visée et pour préciser les différents paramètres et autres aspects scientifiques qui allaient être utilisés et explorés tout au long de la recherche. À la suite de ces rencontres, un protocole de recherche fut rédigé et soumis à l’AETMIS en octobre 2008. C’est ce protocole de recherche qui sert de cadre de référence à la présente recherche évaluative. Il est présenté à l’annexe 1 du présent document qui est intitulé « Rapport d’étape de l’évaluation des projets pilotes préhospitaliers ».

Ce rapport final comporte cinq sections :

la première section présente les questions de recherche de l’évaluation, la deuxième section précise la méthodologie utilisée pour réaliser chacune des composantes de l’évaluation et la troisième section donne les détails sur la réalisation opérationnelle de la recherche. Les résultats des différentes composantes de l’évaluation, présentés d’une part pour chaque projet pilote et, d’autre part, pour l’ensemble des projets pilotes, constituent les quatrième et cinquième sections de ce rapport.

MÉTHODOLOGIE:

Pour la composante de l’évaluation relative à l’analyse de l’implantation et plus précisément l’analyse de l’écart entre les interventions planifiées et les interventions réalisées, les variables suivantes ont été analysées pour chacun des projets pilotes. La date de début de l’implantation des projets pilotes: -Le déroulement chronologique du processus d’implantation; -Les ressources humaines mobilisées pour l’implantation de chaque projet pilote; -Les horaires de travail des TAP implantés; -Le déploiement dynamique réalisé; -Les nouveaux matériels et équipements acquis (ambulances, moyens de communication); -Le financement obtenu pour l’implantation de chaque projet pilote; -Et les activités d’amélioration et de maintien des compétences des TAP réalisées pour le cas plus spécifique du projet pilote de Chapais‐Chibougamau. L’analyse de ces différentes variables a permis de déterminer le bilan d’implantation de chacun des cinq projets pilotes en comparant le contenu et l’intensité de ce qui a été réalisé en cours du processus d’implantation par rapport à ce qui avait été antérieurement planifié.

RÉSULTATS:

Dans cette section du rapport, nous présentons les résultats de la recherche en fonction des trois composantes principales de l’évaluation (analyse de l’implantation, analyse des effets et analyse économique) et pour chacun des projets pilotes considérés ici comme les 5 cas à l’étude. Mais avant d’aller plus en profondeur dans la présentation des résultats, nous allons décrire brièvement la région concernée ainsi que le contexte organisationnel local dans lequel le projet pilote a été élaboré. Par la suite, nous allons présenter les résultats de la première composante de l’évaluation à savoir l’analyse de l’implantation. Pour cette composante de l’évaluation, nous présentons le modèle logique élaboré pour chacun des projets pilotes et nous indiquons la date de début du processus d’implantation et nous présentons les ressources humaines mobilisées, la transformation des horaires de travail des TAP effectuée, le déploiement et/ou le positionnement stratégique réalisé, les équipements rajoutés, le financement obtenu ainsi que les facteurs qui ont influencé le processus d’implantation. Les résultats de la deuxième composante de l’évaluation incluent les effets des projets pilotes sur le temps de réponse ambulancier et sur la qualité de vie au travail des TAP. Les effets sur le temps de réponse comprennent la description du profil de répartition des appels en fonction du code de priorité, l’analyse des données de chronométrie des transports effectués et l’analyse de la perception des TAP sur le temps de réponse des interventions qu’ils effectuent. Alors que pour les effets en lien avec la qualité de vie au travail des TAP, nous présentons les résultats du sondage de satisfaction réalisé auprès des TAP, leur perception sur l’amélioration de leur condition de vie et de travail ainsi que la perception de certains professionnels hospitaliers sur la qualité des services fournis par les TAP. Pour les résultats de la troisième composante de l’évaluation, l’évaluation économique, nous ne présenterons dans cette section que l’évolution des coûts standardisés suite à l’implantation des projets pilotes dans chacune des régions. La discussion relative à l’analyse économique proprement dite sera présentée dans la section « Analyse transversale » du rapport. Par ailleurs, les données détaillées sur l’ensemble des coûts standardisés pour chaque région et chaque compagnie ambulancière sont présentées à l’annexe 8 du rapport.

CONCLUSION:

Les projets pilotes implantés dans les régions de Gaspésie, de la Côte‐Nord, de la Capitale Nationale, du Saguenay‐Lac‐Saint‐Jean et du Nord‐du‐Québec visaient la transformation des horaires de travail de faction des TAP en horaires à l’heure ainsi que le déploiement des véhicules ambulanciers à certains points des territoires desservis. Les analyses d’implantation, d’effets et l’analyse économique de cette recherche évaluative ont permis de faire de ressortir les constats suivants: 1- Même si toutes les parties concernées par le processus d’implantation ne s’accordent pas sur l’efficacité du déploiement dynamique et du positionnement stratégique des ambulances, nous n’avons pas noté d’écarts importants entre ce qui était initialement prévu pour les projets pilotes et ce qui a été réellement implanté sur le terrain. Autrement dit, le processus d’implantation des projets pilotes a été globalement réalisé dans toutes les régions sauf à Chapais‐Chibougamau (région du Nord‐du‐Québec) où le volet de maintien et d’amélioration des compétences n’a été réalisé que très partiellement. Toutefois, des mesures appropriées doivent être élaborées et mises en application pour aborder les facteurs qui ont influencé le processus d’implantation des projets pilotes. Les facteurs identifiés au cours de cette recherche sont des facteurs de planification rationnelle (conception des projets), de développement organisationnel (conditions d’attente dans les ambulances), structurel (fonctionnalité des comités de pilotage, expertise des centrales de communications) et des facteurs politiques (intérêts de certains acteurs). 2‐ À l’exception du territoire de Chapais‐Chibougamau où il existe un doute sur les données qui nous ont été transmises, un changement significatif du délai de mise en route et du délai total d’arrivée sur les lieux de l’incident a été constaté dans tous les autres projets pilotes et est de l’ordre de 3 minutes. Par contre, la durée de déplacement des TAP n’a pas changé entre les deux périodes de l’évaluation. L’implantation des projets pilotes a également entraîné une amélioration modérée de la satisfaction sur les conditions de vie et de travail des TAP. 3‐ Le changement significatif du temps de réponse enregistré dans 4 régions sur les 5 concernées par les projets pilotes est attribuable au changement observé dans le délai de mise en route des TAP et non à la durée de déplacement. L’amélioration du temps de réponse global est donc davantage liée au changement des horaires de travail des TAP qu’au déploiement dynamique ou au positionnement stratégique des ambulances. 4‐ Les projets‐pilotes ont engendré des coûts récurrents de près de $ 9 millions. En termes d’efficience, c’est‐à‐dire en termes de rapport coût‐efficacité pour les cas pour lesquels un gain de temps peut avoir un impact significatif, l’analyse économique indique un coût par minute épargnée de $673 si l’on considère que 38% des appels qui ont été codés priorité 1 ou 3 sont en rétrospective réellement des cas de priorité 1 ou 3. Ce coût par minute épargnée grimpe à $1826 si on ne considère que les cas qui seraient réellement de priorité 1 (14% des cas codés priorité 1 ou 3). Si l’on tente de mettre les coûts investis en relation avec l’impact éventuel des gains de temps sur la santé des patients, notre évaluation suggère qu’il est possible que la réduction du temps de réponse observé ait eu un impact clinique significatif pour quelques cas d’arrêts cardiaques. 5‐ En plus des effets sur le temps de réponse, d’autres conséquences pouvant être associées aux coûts engendrés par les projets pilotes (réduction de la douleur, accroissement du sentiment de confiance de la population et amélioration de la qualité de vie au travail des TAP) doivent être considérées dans une perspective plus large d’analyse économique et de décision. Il est finalement important de préciser que les résultats de cette évaluation s’appliquent d’abord aux territoires retenus dans le cadre des projets‐pilotes. Ces projets et territoires n’avaient pas été choisis sur la base de leur capacité à représenter plus largement d’autres territoires de la province. Le transfert des conclusions à d’autres contextes doit donc être effectué avec prudence.

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