Prise en charge de l’extravasation associée aux traitements antinéoplasiques: guide de pratique clinique

Année de publication: 2014

CONTEXTE ET OBJECTIFS:

L’extravasation est une complication potentiellement grave pouvant survenir au cours de l’administration de la chimiothérapie. Peu de données probantes sont disponibles pour permettre l’élaboration d’un schéma de prise en charge optimale. Le présent guide a été préparé par le Comité de l’évolution des pratiques en oncologie (CEPO) en collaboration avec le sous-comité dédié aux guides et aux conseils du Comité de l'évolution de la pratique des soins pharmaceutiques à la Direction québécoise de cancérologie du ministère de la Santé et des Services sociaux. L’objectif est de faire état de la documentation scientifique pertinente concernant la prise en charge et le traitement de l’extravasation survenue au cours de l’administration de chimiothérapie à des patients atteints de cancer.

MÉTHODES:

Une revue de la documentation scientifique a été effectuée dans l’outil de recherche Pubmed. La période couverte s’est étendue du début de l’existence de la banque jusqu'à avril 2014 inclusivement. La littérature concernant le traitement de l'extravasation est bien souvent empirique, anecdotique et controversée. Pour ces raisons, les recommandations pour la pratique clinique et les consensus d’experts publiés par certains organismes internationaux et agences de cancer ont également été répertoriés. Ils proviennent, notamment, de la British Columbia Cancer Agency (BCCA), de l’European Society of Medical Oncology (ESMO) en collaboration avec l’European Oncology Nursing Society (EONS), du Gippsland Oncology Nurses Group (GONG), du Humber and Yorkshire Coast Cancer Network (HYCCN), de l’Oncology Nursing Society (ONS) et du West of Scotland Cancer Advisory Network Clinical Leads Group (WOSCAN).

RÉSULTATS:

La détermination des facteurs de risque potentiels ainsi que l’application des méthodes de prévention peuvent diminuer les risques d’extravasation. La reconnaissance et la prise en charge des symptômes deviennent essentielles pour les patients touchés par cette complication. L’enseignement adéquat aux patients concernant les symptômes à surveiller de même qu'au personnel responsable de l’administration de la chimiothérapie, de la prévention et de la prise en charge de l’extravasation est essentiel. L’utilisation de compresses sèches tièdes ou froides ainsi que de divers antidotes déterminés en fonction de l’agent responsable permet de traiter l’extravasation. L’utilisation du diméthylsulfoxide (DMSO), de la dexrazoxane, de l’hyaluronidase ou du thiosulfate de sodium est recommandée selon l’agent en cause de l’extravasation. Une approche chirurgicale doit être considérée lorsque le traitement conservateur avec les antidotes est insuffisant ou en présence de morbidités sévères. Le suivi des patients permet d’évaluer la progression ou la régression des symptômes et ainsi de prendre les mesures appropriées. Le temps de suivi est variable selon les progrès cliniques observés. L’utilisation d’un gabarit validé permettra d’optimiser la collecte d’information.

RECOMMANDATIONS:

Considérant les données probantes disponibles à ce jour et les lignes directrices publiées par divers organismes (BCCA, ESMO-EONS, GONG, HYCCN, ONS et WOSCAN), le CEPO recommande (recommandation de grade D à moins d’avis contraire): Général: 1. Que toutes les chimiothérapies soient administrées dans des centres où le personnel est qualifié; 2. Que le personnel responsable de l’administration de la chimiothérapie reçoive une formation adéquate pour la prévention et la prise en charge de l’extravasation; 3. Qu'une procédure documentée et facilement accessible soit mise en place dans les centres administrant de la chimiothérapie. La présence d’une ou de plusieurs trousses destinées au traitement de l’extravasation est fortement conseillée; 4. Que les patients soient informés du risque possible d’extravasation, des mesures de prévention et qu'ils soient formés à reconnaître les premiers symptômes afin d’en aviser immédiatement le personnel; 5. Que le ou les agents vésicants soient administrés en premier lorsque plusieurs agents différents sont donnés, si le protocole le permet; Traitement: Extravasation par voie périphérique: 6. Qu'un type de compresse particulier soit utilisé en fonction de l’agent antinéoplasique ayant causé l’extravasation: a. Compresse sèche froide (0 oC, 20 à 30 minutes à la fois et répétée 4 fois par jour pour les 24 à 48 premières heures suivant l’extravasation); b. Compresse sèche tiède (44 à 50 oC, 20 à 30 minutes à la fois et répétée 4 fois par jour pour les 24 à 48 premières heures suivant l’extravasation) 7. Que le DMSO (99 %, 4 gouttes/10 cm2 aux 6 à 8 heures pour 7 à 14 jours à débuter dans les 10 premières minutes suivant l’extravasation) soit utilisé pour le traitement de l’extravasation aux agents suivants: a. Mitomycine C. b. Anthracyclines, à défaut d’une possibilité de traitement avec la dexrazoxane dans les 6 heures suivant l’extravasation; 8. Que la dexrazoxane (1 000 mg/m2 [maximum: 2 000 mg/dose] aux jours 1 et 2 puis 500 mg/m2 [maximum : 1 000 mg/dose] au jour 3) soit utilisée pour le traitement de l’extravasation aux anthracyclines (recommandation de grade A). Un réseau de distribution pourrait être mis en place pour faciliter la disponibilité du produit; 9. Que l’hyaluronidase (150 à 1 500 unités (U); 150 U/ml dans la voie ou 1 500 U/ml pour 5 injections de 0,2 ml) soit utilisée pour le traitement de l’extravasation aux alcaloïdes de la vinca. Un réseau de distribution pourrait être mis en place pour faciliter la disponibilité du produit; 10.Que les corticostéroïdes systémiques ne soient pas utilisés pour le traitement de l’extravasation; 11.Que les corticostéroïdes topiques soient utilisés si nécessaire pour le traitement de l’inflammation autour du site d’extravasation, sauf en présence d’alcaloïdes de la vinca et d’épipodophyllotoxines; 12.Qu’une consultation en chirurgie soit demandée si la condition médicale du patient le justifie; 13.Que soient appliquées les mesures de l’algorithme A-1 pour la prise en charge de l’extravasation par voie périphérique.

Extravasation par voie centrale:

14.Que le diagnostic soit confirmé par veinographie ou par imagerie; 15.Que la dexrazoxane (1 000 mg/m2 [maximum: 2 000 mg/dose] aux jours 1 et 2 puis 500 mg/m2 [maximum : 1 000 mg/dose] au jour 3) soit utilisée pour le traitement de l’extravasation aux anthracyclines (recommandation de grade A); 16.Que soient appliquées les mesures de l’algorithme A-2 pour la prise en charge de l’extravasation par voie centrale (annexe A); Suivi et documentation: 17.Que chaque incident d'extravasation soit documenté dans le dossier médical et rapporté de manière exhaustive. L’utilisation d’un gabarit contenant toute l'information à recueillir est fortement conseillée; 18.Qu’un rapport d’incident soit complété (formulaire AH-223), suivant la politique locale de l’établissement; 19.Qu’un suivi soit fait aux 24 à 48 heures pendant la première semaine puis aux semaines si amélioration jusqu'à la résolution des symptômes.(AU)

BACKGROUND AND OBJECTIVES:

Extravasation is a potentially serious complication that can occur during the administration of chemotherapy. There is little evidence for developing an optimal management scheme. This guideline was prepared by the Comité de l’évolution des pratiques en oncologie (CEPO) in cooperation with the guideline and advice subcommittee of the Comité de l'évolution de la pratique des soins pharmaceutiques of the Ministère de la Santé et des Services sociaux’s Direction québécoise de cancérologie. The objective was to examine the relevant scientific literature on the management and treatment of extravasation that occurs when chemotherapy is administered to cancer patients.

METHODS:

A scientific literature review was conducted using the PubMed search tool. The period covered was from the inception of the database up to and including April 2014. The literature on the treatment of extravasation is very often empirical, anecdotal and much debated. For these reasons, the clinical practice recommendations and expert consensuses published by certain international organizations and cancer agencies were included as well. In particular, they are from the British Columbia Cancer Agency (BCCA), the European Society of Medical Oncology (ESMO) in conjunction with the European Oncology Nursing Society (EONS), the Gippsland Oncology Nurses Group (GONG), the Humber and Yorkshire Coast Cancer Network (HYCCN), the Oncology Nursing Society (ONS) and the West of Scotland Cancer Advisory Network Clinical Leads Group (WOSCAN).

RESULTS:

Determining the potential risk factors and taking preventive measures can reduce the risk of extravasation. Recognizing and managing the symptoms is essential in patients with this complication. Providing adequate instruction on the symptoms to watch for to patients and to personnel responsible for administering chemotherapy, preventing and managing extravasation is essential. Warm or cold, dry compresses and various antidotes, which are determined according to the agent involved, are used to treat extravasation. The use of dimethylsulfoxide (DMSO), dexrazoxane, hyaluronidase or sodium thiosulfate is recommended, depending on the agent that has extravasated. Consideration should be given to a surgical approach when conservative treatment with antidotes is inadequate or if the patient has severe morbidities. Patients are monitored to assess the progression or regression of symptoms and to thus take the appropriate measures. Monitoring time varies according to the observed clinical progress. A validated template can be used to optimize information gathering.

RECOMMENDATIONS:

Given the evidence available at this time and the guidelines published by various organizations (BCCA, ESMO-EONS, GONG, HYCCN, ONS and WOSCAN), the CEPO recommends (Grade D recommendation, unless indicated otherwise): General: 1. That all chemotherapies be administered at facilities whose personnel are qualified; 2. That personnel responsible for administering chemotherapy be adequately trained in extravasation prevention and management; 3. That a written and easily accessible procedure be established at facilities that administer chemotherapy. Having one or more extravasation treatment kits on hand is strongly advised; 4. That patients be informed of the potential risk of extravasation and of the preventive measures, and that they be trained to recognize the initial symptoms so that they can inform the personnel at once; 5. That the vesicant or vesicants be administered first when several different agents are to be given, if the protocol allows this; TREATMENT: Peripheral extravasation: 6.

That a specific type of compress be used according to the extravasated antineoplastic agent:

a) A cold, dry compress (0 °C, 20 to 30 minutes at a time and repeated 4 times a day for the first 24 to 48 hours after the extravasation. b. A warm, dry compress (44 to 50 °C, 20 to 30 minutes at a time and repeated 4 times a day for the first 24 to 48 hours after the extravasation). 7. That DMSO (99%, 4 drops/10 cm2 every 6 to 8 hours for 7 to 14 days, starting within the first 10 minutes after the extravasation) be used to treat extravasation of the following agents: a.) Mitomycin C; b) Anthracyclines, if treatment with dexrazoxane within the first 6 hours after the extravasation is not possible. 8. That dexrazoxane (1000 mg/m2 [maximum: 2000 mg/dose] on days 1 and 2, then 500 mg/m2 [maximum: 1000 mg/dose] on day 3) be used to treat the extravasation of anthracyclines (Grade A recommendation). A distribution network could be put in place to facilitate access to dexrazoxane; 9. That hyaluronidase (150 to 1500 units (U); 150 U/mL into the line or 1500 U/mL for five 0.2-mL injections) be used to treat the extravasation of vinca alkaloids. A distribution network could be put in place to facilitate access to hyaluronidase; 10.That systemic corticosteroids not be used to treat extravasation; 11. That topical corticosteroids be used if necessary to treat inflammation around the extravasation site, except if the patient is receiving vinca alkaloids or epipodophyllotoxins; 12.That a surgical consultation be requested if warranted by the patient’s medical condition; 13.That the measures indicated in Algorithm A-1 be taken to manage peripheral extravasation; Central extravasation: 14.That the diagnosis be confirmed by venography or imaging; 15.That dexrazoxane (1000 mg/m2 [maximum: 2000 mg/dose] on days 1 and 2, then 500 mg/m2 [maximum: 1000 mg/dose] on day 3) be used to treat the extravasation of anthracyclines (Grade A recommendation); 16.That the measures indicated in Algorithm A-2 be taken to manage central extravasation; Follow-up and documentation: 17.That each extravasation incident be recorded in the patient’s chart and exhaustively reported. The use of a template indicating all the information that needs to be gathered is strongly recommended; 18.That an incident report be completed (Form AH-223) in accordance with the facility’s local policy; 19.That a follow-up be done every 24 to 48 hours during the first week, then every week, if there is improvement, until the symptoms resolve.(AU)

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