COVID-19 et Supplémentation en vitamine D

Année de publication: 2021

CONTEXTE:

Le présent document ainsi que les constats qu’il énonce ont été rédigés dans le contexte de la crise sanitaire liée à la maladie à coronavirus (COVID-19) au Québec. L’objectif est de réaliser une recension des données publiées et de mobiliser les savoirs clés afin d’informer les décideurs publics et les professionnels de la santé et des services sociaux. Bien que les constats reposent sur un repérage exhaustif des données scientifiques publiées, l’évaluation de la qualité méthodologique des études et une appréciation du niveau de preuve scientifique par paramètre clinique d’intérêt, le processus ne repose pas sur une méthode systématique ni une validation externe selon les normes habituelles à l’INESSS. Par ailleurs, les positions ne découlent pas d’un processus de consultation élaboré. Dans les circonstances d’une telle crise de santé publique, l’INESSS reste à l’affût de toutes nouvelles données, qu’elles soient de nature scientifique ou contextuelle, susceptibles de lui faire modifier cette réponse.

MÉTHODOLOGIE:

Questions d’évaluation Comparativement aux standards de soins, est-ce qu’un supplément de vitamine D, chez les personnes ayant ou non une déficience ou une insuffisance, est efficace et sécuritaire pour, prévenir l’infection et les manifestations cliniques de la COVID-19? Traiter les patients (adulte, enfant, femme enceinte) COVID-19 confirmés dont l’état à l’amorce n’exige pas une hospitalisation? Traiter les patients (adulte, enfant, femme enceinte) COVID-19 confirmés dont l’état à l’amorce exige o une hospitalisation sans le recours à une oxygénothérapie; o une hospitalisation avec le recours à une oxygénothérapie non invasive (oxygène à faible débit, à haut débit, ventilation mécanique non invasive); o une hospitalisation avec le recours à une oxygénothérapie invasive (ventilation mécanique invasive, ECMO)? Quelle est la position des sociétés savantes, des agences règlementaires, des agences de santé publique et des agences d’évaluation des technologies en santé sur l’usage d’un supplément de vitamine D dans la prévention et le traitement de la COVID-19? Type de revue de littérature: Revue rapide.

RÉSULTATS:

ÉTAT ACTUEL DES CONNAISSANCES SCIENTIFIQUES. Données cliniques sur l’efficacité de la supplémentation en vitamine D dans le contexte de la COVID-19. Depuis l’instauration en mars 2020 de la recherche systématique en continu de la littérature scientifique sur les médicaments à visée thérapeutique, 42 027 notices ont été recensées dont 113 études cliniques où l’intervention étudiée portait sur la vitamine D. De ce nombre, 3 ECRA [Murai et al., 2021; Castillo et al., 2020; Rastogi et al., 2020] ont été retenus. Ces études sont décrites ci-dessous en fonction du type de prise en charge, soit la prophylaxie pré/post-exposition, ou le traitement de patient dont l’état de santé requiert ou non une hospitalisation. Seuls les paramètres d’intérêts sur l’évolution de la charge virale, l’amélioration ou la résolution des symptômes ou d’évolution clinique, le pronostic, l’innocuité ou la mortalité sont présentés.

Supplémentation en vitamine D en prophylaxie:

En date du 24 février 2021, aucun ECRA ni aucune étude observationnelle publiés n’ont été retracés par la recherche de la littérature scientifique sur les bénéfices cliniques associés à l’usage de vitamine D en prophylaxie pré- ou post- exposition au SARS-CoV-2. Par contre, il y a quelques essais cliniques actuellement enregistrés sur le site de ClinicalTrials, dont un essai comparatif à répartition aléatoire multicentrique à triple insu (PROTECT6 ) en cours de réalisation au sein de deux hôpitaux du Québec. Le principal objectif de cet essai est d’étudier les effets prophylactiques d’une supplémentation à hautes doses de vitamine D3 per os (bolus 100 000 UI suivi de 10 000 UI par semaine pendant 16 semaines) chez les travailleurs de la santé exposés à la COVID-19. Il est prévu que l’essai se termine en juin 2021.

DISCUSSION:

Au terme des travaux, il ressort qu’aucun ECRA ni aucune étude observationnelle publiés dans la littérature ne permettent d’évaluer l’effet d’une supplémentation en vitamine D utilisée en prophylaxie pré- ou post- exposition au SRAS-CoV-2 ni dans le traitement des sujets COVID-19 confirmés dont l’état n’exige pas une hospitalisation. Toutefois, en ce qui concerne les personnes atteintes de la COVID-19 dont l’état de santé requiert une hospitalisation, l’état actuel des connaissances scientifiques suggère qu’une supplémentation en vitamine D3 ne permet pas de réduire la durée d’hospitalisation et le nombre de nouveaux sujets ayant besoin de ventilation mécanique invasive et ne permet pas d’établir un lien en une supplémentation en vitamine D et les admissions aux soins intensifs ou la mortalité. Un supplément en vitamine D3 à raison de 60 000 UI par jour pendant 8 ou 14 jours, chez des personnes ayant une déficience en vitamine D, pourrait cependant permettre d’augmenter la proportion de sujets avec une négativation de la RTPCR sans toutefois avoir d’impact sur la durée moyenne avant la négativation de celle-ci. Il est toutefois important de souligner que les trois ECRA ont été réalisés sur des populations distinctes, hospitalisées pour une COVID-19 de sévérité variable, et avec différentes posologies et formes de vitamine D3 (calcifédiol ou cholécalciférol). Les profils d’innocuité et d’interactions médicamenteuses de la vitamine D sont aujourd’hui bien connus dans plusieurs contextes extérieurs à la COVID-19 [Euro-Pharm International Canada, 2018; Vifor Pharma, 2018]. Fondé sur 2 ECRA à double insu conduits au Brésil et en Inde dans le contexte de la COVID-19, la supplémentation de vitamine D3 à haute dose semble sécuritaire lorsque cette dernière est administrée en prise unique ou de manière quotidienne pendant une durée maximale de 14 jours chez des sujets adultes atteints de la COVID-19 et hospitalisés. Dans tous les documents consultés présentant des positions ou des recommandations cliniques, aucune organisation ne se prononce en faveur de l’usage de la vitamine D en prévention d’une infection par le SARS-CoV-2 ou comme traitement d’une telle infection en dehors d’un essai clinique, en raison d’une insuffisance de preuves. Compte tenu des risques potentiels d’effets indésirables, un suivi régulier des personnes recevant des doses de vitamine D supérieures à 4 000 UI par jour est également recommandé. Cette réponse rapide de l’INESSS comporte certaines limites qui méritent d’être soulignées. D’abord, l’analyse du niveau de preuve scientifique est basée sur 3 études primaires de type ECRA, elles aussi, empreintes de biais et de limites méthodologiques (y compris des déséquilibres dans les caractéristiques des sujets, dans la puissance statistique et dans les posologies et formes de vitamine D3 utilisées) affectant la confiance envers les résultats actuellement disponibles. Par ailleurs, le manque de résultats ne permet pas de conclure quant à d’éventuelles différences d’efficacité entre des sujets à différents stades de la maladie ou avec des niveaux de vitamine D différents au début des études (taux normal, insuffisance, déficience). Enfin, les constats ne découlent pas d’un processus de consultation élaboré. À la suite de l’analyse effectuée, la tendance pointe vers une absence de bénéfice de la supplémentation en vitamine D ayant 2021-03-08 15:16 22 un réel impact sur l’évolution clinique ou la mortalité liée à la COVID-19. Il faudra toutefois attendre les résultats d’ECRA supplémentaires dont la qualité méthodologique sera jugée acceptable avant d’infirmer ou confirmer une absence de bénéfices. L’efficacité et l’innocuité d’une supplémentation en vitamine D sont présentement évaluées dans plusieurs études cliniques en cours, soit en prophylaxie, chez des patients non hospitalisés ou chez des patients hospitalisés9 . En demeurant à l’affût de nouvelles données scientifiques, cette réponse rapide permet d’informer les professionnels de la santé et de les soutenir dans leur prise de décision clinique dans le contexte de la pandémie actuelle.

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