Réflexion sur l'évaluation terrain en évaluation des technologies et des modes d'intervention en santé

Publication year: 2012

INTRODUCTION:

Si l’innovation technologique présente la promesse d’une amélioration des services de soins, l’action combinée du développement des technologies, de la crise des finances publiques et de la pression politique et sociale oblige les décideurs à innover pour garantir un accès équitable à un service novateur de qualité à l’ensemble de la population, tout en continuant à contrôler la croissance des coûts. Dans le contexte actuel, la question du financement judicieux des nouvelles technologies est à l’origine de nombreuses préoccupations, surtout en raison du fait que l’innovation technologique est souvent considérée comme l’un des principaux responsables de la hausse des coûts dans le système de santé au Québec. Cette introduction de l’innovation se fait souvent malgré la présence de plusieurs incertitudes quant à l’efficacité, à la sécurité et aux coûts induits. L’évaluation des technologies de la santé se pose alors comme un bien nécessaire pour favoriser une prise de décision optimale. L’évaluation des technologies de la santé examine les dimensions cliniques, économiques, éthiques et sociales de l’introduction, de l’acquisition et de l’utilisation de technologies en santé et en services sociaux, ainsi que leurs répercussions sur les modalités de prestation et d’organisation des services.

MÉTHODOLOGIE:

Les particularités de la situation québécoise exigeant la mise en place d’un cadre de référence approprié au contexte, la Table sectorielle des RUIS en ETMIS a constitué un groupe de travail et de réflexion sur les évaluations terrain. Cette démarche vise à mettre à profit les différentes expertises québécoises et à créer des conditions pour produire des données scientifiquement valides et socialement légitimes, ce qui permettra aux décideurs d’utiliser davantage et de meilleure façon les résultats des travaux d’évaluation. Dans un premier temps, la mission du groupe était de réaliser, sur la base d’un travail de recherche, une réflexion sur ce que constitue une évaluation terrain, ses objectifs, son utilité et ses limites. La mission du groupe consistait également à étudier les aspects méthodologiques et les processus nécessaires à la mise en place des évaluations terrain de qualité aux différents paliers décisionnels. Dans un deuxième temps, le groupe de travail devait déterminer quels éléments permettent d’assurer la transposition des résultats des évaluations favorables dans la pratique courante. La mise en œuvre d’un cadre de référence servira à: 1. Clarifier la définition de ce que constitue une évaluation terrain; 2. Aiguiller chercheurs, cliniciens et décideurs dans l’élaboration du protocole de recherche; 3. Garantir la rigueur méthodologique, la validité, la pertinence, la faisabilité, le contrôle des coûts et la rapidité du processus; 4. Favoriser la synergie entre les différentes unités d’ETMIS ainsi que la collaboration à l’échelle nationale et internationale; 5. Optimiser l’utilisation des structures déjà en place sur le terrain. Le but ultime est de réaliser l’évaluation d’une technologie innovante qui permet de répondre aux incertitudes des décideurs en ayant un degré de confiance raisonnable, dans une marge de temps appropriée et à des coûts raisonnables. Ces objectifs concordent avec le mandat de la Table sectorielle en ETMIS qui consiste à « développer une vision commune de ce quatrième volet de la mission universitaire qui concerne à la fois des modèles d’évaluation classique et d’évaluation terrain » ainsi qu’à « [convenir] des conditions optimales de réalisation de projets liés à la formation en ETMIS et à la recherche et au développement de l’ETMIS » et à favoriser « des liens avec le milieu de la recherche clinique et la recherche universitaire en ETM.

CONCLUSION:

Dans un contexte où les innovations suivent un rythme rapide de production, le niveau de preuve est souvent insatisfaisant et les coûts importants et où les bénéfices à moyen et long terme demeurent incertains, l’évaluation terrain avec développement de la preuve contribue à mieux gérer l’incertitude qui entoure les technologies novatrices. L’évaluation terrain avec développement de la preuve est une démarche qui a pour objectif de diminuer les incertitudes décisionnelles qui persistent après un processus d’évaluation des technologies et des modes d’intervention en santé, et ce, au moyen d’une mobilisation des connaissances et d’une collecte de données primaires et probantes dans des conditions de pratique réelles. La mise en place d’évaluations terrain avec développement de la preuve contribuera à la génération de connaissances liées aux besoins des décideurs. Par conséquent, l’évaluation terrain avec développement de la preuve facilite l’introduction contrôlée de technologies et de modes d’intervention innovants. Toute évaluation nécessite une bonne planification et une conception juste, la formation et l’information des diverses parties prenantes ainsi que l’implantation de mécanismes d’évaluation de la qualité dans le respect des échéanciers décisionnels. Pour ce faire, toutes les parties prenantes (les décideurs politiques et administratifs, les épidémiologistes, les économistes de la santé, les éthiciens, les chercheurs, les cliniciens et l’industrie, etc.) doivent prendre part au processus afin de mieux répondre aux questions de recherche et d’obtenir des résultats de qualité qui permettront d’orienter la prise de décision. D’une manière générale, le processus se doit : 1) de répondre aux problèmes formulés par les décideurs dans un délai relativement court; 2) d’être adapté aux besoins des requérants; 3) d’être accepté par toutes les parties prenantes; 4) d’être méthodologiquement rigoureux, reproductible et transparent. La définition du concept des évaluations terrain avec développement de preuve s’est faite avec des intervenants de différents milieux. Le cadre méthodologique, les méthodes de financement et les aspects juridiques et d’assurance qualité, quant à eux, restent à définir en collaboration avec tous les acteurs du système de santé, étant donné que la collecte de données primaires peut constituer un long processus et peut exiger la mobilisation de nombreuses ressources humaines, financières et matérielles.